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Pourquoi nous sommes retournés à Bruxelles (après avoir failli y renoncer)

Pourquoi nous sommes retournés à Bruxelles (après avoir failli y renoncer)

La première fois que nous sommes allés à Bruxelles, nous avons failli ne jamais y retourner. La deuxième fois, elle est devenue l’une de nos villes préférées en Europe. Voici l’histoire de ce qui a changé — et c’est avant tout une histoire sur la façon dont nous voyagions, pas sur la ville.

Ce premier séjour raté

Notre premier voyage se résumait à quelques heures de transit. Nous avons photographié la Grand-Place (magnifique), regardé le Manneken-Pis en fronçant les sourcils (minuscule, déconcertant), mangé un déjeuner hors de prix dans une rue touristique à proximité (notre erreur — le piège), trouvé le quartier de la gare du Midi sinistre, puis reparti en pensant : « Jolie place, le reste est quelconque. On ne comprend pas l’engouement. »

Nous avions tout fait de travers, et jugé la ville sur cette base.

Le problème structurel d’une visite de quelques heures à Bruxelles, c’est que le centre touristique — la Grand-Place, le Manneken-Pis, l’Îlot Sacré immédiat autour d’eux — est une zone genuinement petite, et c’est aussi la zone de la ville la plus calibrée pour les gens qui n’ont que quelques heures. Les restaurants y sont hors de prix, les boutiques de chocolat s’adressent aux touristes, et le Manneken-Pis est, oui, une petite statuette en bronze d’un garçonnet qui urine, qui mérite environ quatre-vingt-dix secondes de contemplation avant d’avoir épuisé tout ce qu’elle offre. Le quartier près de la gare du Midi que nous avons trouvé sinistre est effectivement sinistre — c’est un hub de transport entouré de commerces de gros, pas un quartier de vie. Nous avions vu le pire de Bruxelles, et rien d’autre.

Ce qui nous a fait revenir

Une amie qui y avait vécu ne l’a pas accepté. « Vous n’avez rien vu », a-t-elle dit, avant d’énumérer une liste — l’Art Nouveau, les fresques de BD, les brasseries de lambic, la table à Sainte-Catherine et dans le Dansaert. Alors, un peu à contrecœur, nous lui avons accordé un vrai week-end.

L’invitation était précise, ce qui a aidé. Un vague « Bruxelles c’est bien, reviens-y » ne nous aurait pas convaincus. Ce qui nous a convaincus, c’est une liste : le musée Horta — la maison de l’architecte Art Nouveau dans Saint-Gilles, préservée jusqu’aux poignées de porte. La piste des fresques de BD dans la ville basse. Cantillon pour la gueuze. Sainte-Catherine pour les moules. Dansaert pour la scène contemporaine food et vins. Ce n’étaient pas des promesses abstraites ; c’étaient des destinations avec des adresses, et c’était précisément des choses qui nous intéressaient vraiment.

La ville que nous avions complètement ratée

C’était comme découvrir un endroit entièrement nouveau. Nous avons parcouru les rues Art Nouveau de Saint-Gilles, bouche bée devant le musée Horta. Nous avons transformé une matinée en chasse aux fresques de BD. Nous avons bu une gueuze acidulée dans une brasserie à peine changée depuis 1900. Nous avons très bien mangé, une rue derrière l’endroit où on nous avait arnaqués la première fois (meilleurs quartiers).

Le musée Horta en particulier a été une révélation. Victor Horta a conçu la maison pour lui-même entre 1898 et 1901, et c’est un univers intérieur complet — escalier avec colonnes en fer apparentes, verrières baignant la maison d’une lumière diffuse, chaque élément conçu sur mesure jusqu’aux interrupteurs. C’est l’une des expériences architecturales les plus complètes et les plus personnelles que j’aie jamais eues, et elle se trouve dans une rue résidentielle tranquille de Saint-Gilles que nous n’aurions jamais trouvée sans qu’on nous l’indique. Bruxelles a cette habitude : la chose extraordinaire nichée dans le quartier ordinaire, sans se faire remarquer.

Les fresques de BD ont été l’autre révélation. Nous connaissions Tintin, bien sûr, mais nous n’avions pas compris que la Belgique a une culture de la bande dessinée profonde et sérieuse — le neuvième art, comme on l’appelle — et que Bruxelles compte plus de cinquante grandes fresques murales éparpillées dans la ville basse en guise de célébration. Suivre le parcours, c’est une façon différente de visiter la ville : on suit sa curiosité plutôt qu’un itinéraire prescrit, et les fresques vous conduisent à travers des parties de la ville que l’on ne visiterait pas autrement. À la fin de la matinée, nous avions parcouru la moitié de la ville basse et tout vu différemment.

Rien de tout cela n’est vraiment caché — c’est juste à dix minutes à pied des arrêts de cars touristiques, et il faut y consacrer un jour ou deux (surestimée/sous-estimée).

La leçon

Bruxelles ne se met pas en scène pour vous. Elle ne vous charmera pas en une après-midi comme le fait Bruges. Elle récompense les curieux et déçoit les passifs — jugez-la à la hâte et elle déçoit ; donnez-lui du temps et elle devient discrètement une favorite (Bruxelles, ça vaut le coup ?).

C’est une véritable caractéristique de la ville, pas une défense de circonstance. Bruxelles n’essaie pas de se vendre à vous. La Grand-Place est magnifique, mais la ville n’est pas organisée autour de la Grand-Place comme le serait une ville purement touristique. Les quartiers intéressants — Saint-Gilles, Ixelles, Dansaert, les Marolles — sont de véritables quartiers résidentiels avec leur propre vie, qui se trouvent être aussi intéressants pour les visiteurs, plutôt que des quartiers touristiques qui simulent la vie locale. Cette authenticité demande un certain effort pour y accéder, mais elle se traduit par la satisfaction particulière de sentir qu’on a trouvé un endroit plutôt qu’on y a été déposé.

Nous y sommes retournés plusieurs fois depuis. Le ciel gris, le centre discret, le sens de l’humour légèrement surréaliste — nous adorons tout ça maintenant. Mais nous aurions facilement passé à côté, sur la foi d’un mauvais déjeuner et de trois heures passées en coup de vent.

Ce que la deuxième visite vous apprend sur les premières visites

Il y a une leçon de voyage générale dans notre expérience bruxelloise qui mérite d’être formulée. Les premières impressions des villes sont souvent peu fiables, et elles le sont encore plus dans les villes qui ne jouent pas le jeu pour les touristes. Amsterdam joue le jeu — canaux, vélos, maisons à pignons, charme immédiat. Rome joue le jeu — on sort du terminal, on est déjà dans l’Antiquité. Bruges joue le jeu, et même de façon agressive. Bruxelles ne joue pas le jeu. Elle vaque à ses occupations en néerlandais, en français et en une douzaine d’autres langues, et attend de vous que vous fassiez l’effort d’aller à sa rencontre plutôt que l’inverse.

Les villes qui ne jouent pas le jeu sont presque toujours celles qui récompensent le mieux les visites répétées. On peut revenir à Bruges dix fois et avoir essentiellement la même expérience, parce que l’expérience est livrée — on vous la remet sur un plateau. Bruxelles ne vous donne rien à la première visite. À la deuxième, on commence à prendre ce qui est là, qui est considérablement plus. À la troisième, elle devient un endroit qu’on aime de cette façon particulière et accumulée qui met du temps à se construire.

Nous y sommes retournés plusieurs fois depuis. Le ciel gris, le centre discret, le sens de l’humour légèrement surréaliste — nous adorons tout ça maintenant. Mais nous aurions facilement passé à côté, sur la foi d’un mauvais déjeuner et de trois heures passées en coup de vent.

Alors si votre première impression de Bruxelles était « bof » — revenez, et marchez dix minutes de plus. C’est là que commence la ville que nous aimons.