Les meilleures fresques de BD que nous avons trouvées à Bruxelles
Nous n’avions pas prévu d’y passer toute une matinée. On a repéré le mur de Tintin, puis une autre fresque au coin de la rue, et avant même de s’en rendre compte, notre matinée bruxelloise s’était transformée en chasse au trésor à travers toute la ville. Voici les fresques de BD que nous avons préférées (l’itinéraire complet).
Tintin (Rue de l’Étuve)
L’icône, juste à côté de Manneken-Pis : Tintin, Milou et le Capitaine Haddock descendant une échelle de secours. Celle que tout le monde photographie, et à juste titre — c’est magnifiquement réalisé (Tintin à Bruxelles).
Ce qui frappe dans la fresque de Tintin, une fois qu’on arrête de photographier pour vraiment regarder, c’est le soin du travail. Le style au trait clair d’Hergé — ce qu’il appelait la ligne claire — se transpose admirablement à la peinture murale grand format. Les proportions sont justes, les couleurs fidèles, et l’expression d’Haddock à elle seule vaut le détour. La fresque est peinte sur une vraie échelle de secours, ce qui lui confère une espièglerie que l’auteur original n’aurait pas désavouée. C’est ici que commence la plupart des chasses aux fresques — et où la traque commence vraiment.
Broussaille (Rue du Marché au Charbon)
La toute première fresque du parcours, datant de 1991 — un jeune couple se promenant bras dessus bras dessous. D’une beauté discrète, et un repère dans le quartier gay-friendly de la ville.
La Broussaille de Frank Pé est la fresque qui a lancé tout le projet, ce qui lui confère une portée historique au-delà de sa beauté intrinsèque. Le style illustratif est plus doux et plus romantique que les traits francs de Tintin — une approche libre et expressive qui convient parfaitement au sujet. L’emplacement rue du Marché au Charbon est lui aussi parfaitement choisi : une rue longtemps associée à la communauté LGBTQ+ bruxelloise, la fresque est devenue une sorte d’emblème du quartier.
Le Chat (Boulevard du Midi)
Le chat philosophe pince-sans-rire de Philippe Geluck, immense sur un pignon. On a ri de bon cœur.
Si vous ne connaissez pas encore Le Chat, sachez qu’il paraît dans les journaux belges depuis les années 1980, dispensant une sagesse absurde et un commentaire philosophique en biais, à la manière d’un Socrate de bande dessinée qui a renoncé à l’humanité mais la trouve vaguement intéressante. L’échelle sur le pignon donne encore plus de mordant au trait d’humour : cette expression de légère condescendance, démesurée sur un mur bruxellois, est plus drôle qu’elle n’a le droit de l’être.
Les Schtroumpfs
Un mur entier, joyeusement bleu, peuplé des petites créatures de Peyo — un succès auprès des enfants qu’on voyait pointer du doigt.
Peyo — Pierre Culliford, natif de Bruxelles — a créé les Schtroumpfs en 1958, et la fresque pleine page leur rend un hommage à la hauteur : des dizaines de petites silhouettes bleues vaquant à leurs occupations diverses, dans une composition qui mérite qu’on s’y attarde vraiment plutôt que de se contenter d’une photo avant de repartir. Le contraste avec le chat philosophique de Geluck ne pourrait être plus saisissant. La BD belge contient des multitudes.
Gaston Lagaffe
Près du Musée de la Bande Dessinée, l’attachant gaffeur de bureau en pleine catastrophe. Un emplacement idéal.
Gaston est un type particulier de héros comique belge — incompétent, bon enfant, provoquant perpétuellement des accidents par une combinaison de créativité et d’irresponsabilité totale — et la fresque le saisit dans un de ses moments caractéristiquement catastrophiques. L’emplacement près du Musée de la BD est délibéré et judicieux : c’est le quartier du musée, et Gaston, inventé par André Franquin, en est l’une des figures les plus célébrées.
Pourquoi c’est ce que nous avons préféré faire
Voilà ce qui nous a surpris : la chasse aux fresques a été notre activité favorite du séjour, et c’était entièrement gratuit. Elle remplit trois rôles à la fois — c’est un jeu, c’est une visite guidée à pied de la ville basse, et c’est une fenêtre ouverte sur ce qui fait Bruxelles Bruxelles : une ville assez espiègle pour peindre des personnages de bande dessinée sur ses façades (la BD belge expliquée).
L’aspect promenade est réel et précieux. Le parcours des fresques vous entraîne dans des quartiers de la ville basse qui ne figurent pas sur les itinéraires touristiques standard — dans des ruelles, à travers de petites places calmes, au cœur du tissu populaire de la vieille ville. On voit Bruxelles autrement en chassant des fresques qu’en suivant un guide vers les sites incontournables. On reçoit aussi une introduction gratuite à la culture de la BD belge, qui est considérable : la Belgique produit plus de bandes dessinées par habitant que n’importe quel autre pays au monde, et le projet mural est une façon de revendiquer cette culture pour les murs de la ville.
Nous avons utilisé la carte gratuite du Parcours BD pour planifier un circuit, mais franchement, la moitié du plaisir résidait dans le fait de les découvrir au hasard. Il y en a plus de 50 au total ; nous en avons vu une douzaine dans le centre en une matinée (carte des fresques).
Le contexte plus large : pourquoi Bruxelles fait ça
Il vaut la peine de comprendre pourquoi Bruxelles possède cette tradition murale plutôt que de la tenir pour acquise. La Belgique produit plus de bandes dessinées par habitant que n’importe quel autre pays au monde — le chiffre souvent cité est d’environ huit millions d’albums publiés chaque année pour une population de onze millions d’habitants. La BD est ici véritablement considérée comme un art majeur — le neuvième art — et Hergé, Franquin, Peyo, Geluck et les autres jouissent du même sérieux culturel que la France accorde à ses romanciers. Le Musée de la Bande Dessinée (dans un immeuble Victor Horta, rue des Sables) n’est pas une attraction gadget ; c’est une institution sérieuse.
Le projet de fresques a été conçu au début des années 1990 pour revendiquer cette identité culturelle pour les rues de la ville — faire sortir l’art de la page imprimée pour l’apposer sur les bâtiments. C’est un projet d’art public véritablement démocratique, au sens où il ne requiert ni billet d’entrée ni référence culturelle pour être apprécié : un petit enfant qui pointe Tintin sur une échelle de secours a le même rendez-vous avec l’œuvre qu’un adulte qui connaît toute la bibliographie d’Hergé. Cette qualité — accessible, singulière, gratuite, drôle — est ce qui donne à la chasse aux fresques son caractère distinctivement bruxellois.
Nos conseils de chasseurs de fresques
- Regardez en hauteur et au coin des rues — certaines sont haut perchées sur des pignons ou cachées dans des ruelles.
- Commencez au mur de Tintin, près de Manneken-Pis, et faites le tour de la ville basse.
- Combinez avec le Musée de la Bande Dessinée, dans son splendide immeuble Horta (guide).
- Idéal avec des enfants — transformez ça en jeu « repère le prochain personnage ».
- Prenez la carte — l’itinéraire officiel est bien organisé et la carte est disponible gratuitement dans les offices de tourisme et en ligne.
Si vous ne faites qu’une seule chose gratuite à Bruxelles, que ce soit celle-là. Elle capture l’âme de la ville mieux que n’importe quel monument — et vous rentrerez chez vous avec une galerie de photos de dessins animés et un grand sourire niais.