Un pèlerinage mode à Anvers depuis Bruxelles
J’avoue mes motivations. La raison officielle de cette excursion était « découvrir Anvers ». La vraie raison, c’était la mode. Anvers est une véritable capitale internationale de la mode, et pour quiconque s’intéresse aux vêtements, c’est un pèlerinage. Quarante-cinq minutes en train depuis Bruxelles, et on y est (excursion à Anvers).
Pourquoi Anvers compte dans le monde de la mode
Tout se résume aux Six d’Anvers — un groupe de créateurs avant-gardistes (Dries Van Noten, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck et d’autres) diplômés de la Royale Académie des Beaux-Arts — la Koninklijke Academie voor Schone Kunsten — de la ville dans les années 1980, qui ont propulsé Anvers sur la scène mondiale de la mode. La ville a depuis toujours joué dans une cour bien supérieure à sa taille.
La Royale Académie produit encore des créateurs de calibre international sérieux. Ce n’est pas seulement une note historique ; le pipeline continue. Ce qui rend Anvers intéressant plutôt que simplement nostalgique, c’est que l’ADN établi par les Six d’Anvers — construction rigoureuse, profondeur conceptuelle, un certain romantisme flamand sombre — reste visible dans les boutiques et ateliers de la ville aujourd’hui. Ce n’est pas une ville qui a eu son heure de gloire dans les années 1980. C’est une ville qui a utilisé les années 1980 comme tremplin.
Le MoMu
Mon premier arrêt fut le MoMu, le musée de la mode, récemment rénové et cœur du pèlerinage. Des expositions temporaires réfléchies sur des créateurs et des thématiques, rigoureusement documentées, magnifiquement scénographiées. Si vous concevez la mode comme une culture plutôt que comme un simple shopping, c’est la raison de venir.
Ce qui distingue le MoMu des musées de mode des grandes villes, c’est la spécificité. Il ne cherche pas à tout couvrir — il va en profondeur sur la mode belge et anversoise en particulier, et le résultat est quelque chose qui semble véritablement érudit plutôt que commercialement clinquant. Les récentes rénovations ont rendu l’espace physique digne de ce qu’il contient. Vérifiez les expositions en cours avant de partir, car les temporaires varient considérablement, mais le travail autour de la collection permanente est constamment solide.
Le quartier de la mode
Depuis le MoMu, j’ai arpenté les boutiques autour de la Nationalestraat et de la Kammenstraat — créateurs indépendants, concept stores, vintage, et tout le reste. Le quartier est compact, agréable à pied, et étonnamment épargné par le tourisme de masse comparé aux grandes artères des capitales. Même à ne faire que du lèche-vitrines, le sens du design saute aux yeux partout.
La Nationalestraat est la colonne vertébrale — une rue d’apparence relativement modeste qui se révèle abriter certains des commerces de mode les plus intéressants d’Europe du Nord. L’enseigne phare de Dries Van Noten est là, ce qui justifie à lui seul le déplacement. Plus loin, des concept stores et créateurs indépendants qu’on ne trouve nulle part ailleurs occupent des locaux discrets qui auraient été réhabilités hors d’existence à Londres ou Paris. La scène vintage de la Kammenstraat est vraiment bonne — du vintage sérieux plutôt que du déguisement pour touristes — et vaut quelques heures si c’est votre truc.
Et, bien sûr, la ville
Je ne roule pas sur l’or, donc entre deux haltes mode j’ai aussi parcouru le reste d’Anvers, qui s’est largement imposé : les retables de Rubens à la cathédrale, la spectaculaire Gare Centrale (l’une des plus belles au monde, sincèrement — j’en suis resté bouche bée à l’arrivée), la vue depuis le toit du MAS, et un bolleke de De Koninck avant de reprendre le train (guide d’Anvers). Anvers est une ville à part entière, pas juste une étape mode.
Les Rubens de la cathédrale méritent une pause, même si les peintures baroques ne sont pas votre genre. L’échelle des œuvres — La Descente de Croix, L’Élévation de la Croix — emplit la nef d’une façon que les photos ne rendent tout simplement pas. Les contempler en face, on comprend viscéralement pourquoi Rubens était le peintre dominant de son époque. Cela prend environ vingt minutes, coûte un modeste droit d’entrée, et c’est, au sens le plus basique, extraordinaire.
La gare — Antwerpen-Centraal — mérite qu’on y arrive lentement. Le marbre et la ferronnerie du hall principal, les quais à plusieurs niveaux, l’ambition opératique de l’ensemble : il n’y a pas de gare ferroviaire plus impressionnante en Europe, et cela inclut St Pancras.
Ce qui distingue le shopping d’Anvers
Le quartier mode autour de la Nationalestraat mérite d’être distingué des achats de luxe génériques. Les boutiques ici sont conçues avec une sensibilité spécifique — un œil pour la construction, les matières inhabituelles, les vêtements qui ont un point de vue plutôt qu’un simple prix. Même les boutiques vintage prennent leur approche éditoriale au sérieux. On ne trouve pas cette combinaison dans beaucoup de villes : des créateurs indépendants reconnus internationalement, des concept stores à la rigueur curatoriale authentique, et un paysage commercial physique qui n’a pas encore été consommé par les mêmes grandes marques de luxe internationales qui rendent les grandes capitales de la mode interchangeables.
La question De Koninck
Tout récit d’Anvers qui ne mentionne pas sa bière maison est incomplet. De Koninck est l’équivalent anversois du lambic bruxellois — une bière spécifique à la ville que les locaux boivent comme les habitants de n’importe où boivent leur bière locale, avec fierté et légère méfiance envers ceux qui prétendent ne pas la connaître. Un bolleke (le petit verre arrondi dans lequel la bière est servie — le mot signifie « petite boule ») de De Koninck ambré dans un café anversois n’est pas un détour par rapport au pèlerinage mode ; c’est partie du même programme culturel.
Infos pratiques
- Train : direct, ~45 min, sans réservation (excursions en train). Facile à organiser seul.
- MoMu : vérifiez les expositions en cours et les jours d’ouverture avant de partir.
- Le Rubenshuis (sa maison) — renseignez-vous sur la réouverture après restauration.
- Prévoyez une journée entière pour rendre justice à la mode et à la ville.
Le verdict
Pour les amoureux de la mode, Anvers est la meilleure excursion depuis Bruxelles à laquelle vous n’avez jamais pensé — une vraie capitale du design, l’héritage des Six d’Anvers, le MoMu, et d’excellentes boutiques indépendantes, le tout dans une ville élégante et praticable à pied, avec Rubens en cadeau. Je suis venu pour les vêtements et je suis reparti fan de l’ensemble. Découvrez où elle se classe dans notre guide des excursions — pour moi, lors d’une journée mode, c’est la première.